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Interview : Eleni Lari Carrillo

GAF
Interview : Eleni Lari Carrillo

Depuis la fin du mois d’août, l’équipe d’entraineurs GAF du CHN s’est agrandie en accueillant Eleni Lari Carrillo. Nous vous proposons de découvrir son portrait au travers d’une interview.

 1. Peux-tu te présenter en quelques lignes et nous expliquer ton parcours jusqu’ici ?

J’ai commencé la gymnastique à l’âge de 4 ans au Namur Association Gymnastique (NAG). A 7 ans, j’ai intégré le groupe de compétition où je m’entraînais 12h par semaine. J’ai évolué en Division 2 jusqu’à mes 12 ans.

J’étais prête à intégrer une école secondaire à Namur quand une juge a contacté ma maman afin de me proposer d’aller faire un test au Gymnos de Charleroi. Après le premier entrainement et en ayant vu les filles, je me suis directement dit que c’était ça que je voulais faire.

J’étais déjà « âgée » pour espérer faire du haut niveau mais mon objectif était simplement d’évoluer au maximum et de pouvoir faire le plus de gymnastique. En un an, j’ai très vite évolué et j’ai terminé 2e au Championnat de Belgique en Division 2 à 13 ans.

Ensuite, une grosse blessure au pied m’a ralenti dans ma progression et mon entrée en Division 1. Le point positif à cette blessure, c’est qu’elle m’a permis de travailler mon point faible pendant des mois : les barres asymétriques. Grâce à cela, j’ai pu atteindre le niveau minimum pour faire partie de l’équipe nationale en 2009.

En 2010, j’ai été réserve pour les Championnats du Monde. On me demande souvent si je n’étais pas déçue de n’être que réserve mais honnêtement, je ne me pensais même pas capable d’atteindre un niveau de Division 1 un jour. Pour moi, être dans l’équipe et vivre une telle expérience était un réel aboutissement. J’ai pu profiter de chaque instant en me rappelant d’où je venais.

Ensuite, j’ai décidé de mettre de côté le haut niveau afin de me consacrer entièrement à mes études de kinésithérapeute. La transition n’a vraiment pas été facile car la passion était toujours là et les entraînements bi quotidiens me manquaient énormément. Mais c’est là-bas que j’ai découvert l’équipe universitaire qui est devenue une vraie famille pour moi. C’est également au début de mes études que j’ai commencé le jugement.

Après mes études, j’ai décidé de partir un an travailler en Guadeloupe. Par la suite, j’ai fait du bénévolat comme kiné au Vietnam et au Pérou. Ensuite, je suis rentrée en Belgique où j’ai continué à me former notamment en kiné du sport à Paris et en psychologie de la performance sportive à Louvain-la Neuve.

Malgré tout, à chaque étape de ma vie, la gymnastique a été présente. Même en voyageant, j’ai toujours continué d’être active que ce soit comme juge, entraîneur ou chorégraphe.

2. Tu as donc fait partie de l’équipe nationale belge en 2009-2010, quels enseignements tires-tu de cette expérience ?

J’ai appris l’importance d’avoir des bases solides sur les éléments simples. J’ai surtout compris qu’il n’y avait pas de secret, pour être performant dans le haut niveau, on ne peut rien laisser passer, être patient et avoir le sens du détail.

3. Tu as également été coach de l’équipe universitaire de l’UCL. Peux-tu nous en dire un peu plus sur cette expérience ?

Cela fait maintenant 9 ans que je suis impliquée dans l’équipe universitaire de l’UCL ! Cette année encore, je fais partie du staff. Il faut savoir que quelques années avant, les équipes universitaires étaient très peu connues. Lorsque je suis arrivée à l’UCL, je n’en avais même pas connaissance.

Nous avons commencé avec peu de gymnaste mais petit à petit, nous avons construit une vraie communauté. Lorsque j’ai commencé à coacher l’équipe, je me suis dit qu’il fallait vraiment en parler et faire connaître la gymnastique universitaire. Au fil des années, des gymnastes de plus haut niveau ont intégré l’équipe et aujourd’hui, elles sont 16 et nous devons faire des sélections en début d’année !

Il me semblait important d’apporter une solution aux gymnastes qui souhaitaient continuer de s’entraîner après les secondaires car souvent à 18 ans, elles n’ont plus la possibilité de s’entraîner comme avant. En réalité, l’équipe universitaire est un véritable tremplin pour ces passionnées de gym. Grâce à cela, je vois qu’aujourd’hui les filles sont capables de continuer les compétitions mais surtout qu’elles continuent à s’impliquer dans la gymnastique en tant que coach ou juge.

La grosse différence avec la gymnastique en club c’est qu’ici tout est centré sur l’équipe. J’ai vraiment insisté sur le travail et la mentalité d’équipe tout en travaillant individuellement avec chacune pour qu’elles puissent toutes trouver leur place au sein de l’équipe. Cela permet de créer une ambiance de folie dans la salle mais aussi lors de nos regroupements ou en compétition.

D’ailleurs, c’est en voyant l’évolution de l’équipe qu’un jour je me suis dit, pourquoi ne pas rêver grand ? Nous avons donc tout mis en place afin de participer au plus grand championnat universitaire aux USA. Autant vous dire que pour la plupart des filles, c’était un rêve qui est devenu réalité. Je pourrais parler des heures de ce projet tant il me tient à cœur.

4. Quel(s) enseignement(s) tires-tu de tes nombreux voyages ?

Avant tout, toutes les rencontres ! Toutes les histoires racontées par mes patients au Vietnam et au Pérou mais également celles des gymnastes, juges et entraineurs m’ont énormément touchées. Peu importe le niveau, chaque personne a une histoire à raconter et c’est rarement celle qu’on imagine à la première rencontre.

Au début j’étais plutôt timide mais je me suis vite rendu compte de la richesse que cela apporte d’écouter les histoires et les parcours des autres. Aujourd’hui je suis persuadée que le plus beau dans les voyages, ce sont les rencontres.

Lorsque je pense à toutes les personnes que j’ai pu rencontrer, cela m’aide souvent à relativiser mes problèmes du quotidien. Concernant la gymnastique, j’ai pu voir les conditions de travail de certains entraîneurs et gymnastes dans le monde et je me sens très chanceuse de pouvoir vivre de ma passion avec une telle équipe et les moyens mis en place par la Fédération.

5. D’où te vient cette passion pour la création de chorégraphies ?

Étant gymnaste, je n’étais pas très puissante et acrobatique mais j’adorais travailler l’aspect artistique ! J’ai eu l’occasion de travailler avec les meilleures chorégraphes comme Adriana Pop et Irina Shadrina. Elles avaient une telle énergie et passion pour ce qu’elles faisaient que ça m’en a inspiré. En travaillant les chorégraphies avec les filles, je me suis rendue compte de ce que ça pouvait leur apporter pour la gymnastique mais aussi pour leur développement personnel. Trouver un style unique pour chaque fille et qu’elles se sentent uniques et belles est ce qui me passionne.

6. Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir entraîneur de haut niveau ?

Avec mes études et mes voyages, j’ai toujours gardé un pied dans le haut niveau car je jugeais, je faisais des chorégraphies, j’assistais à des séminaires etc. Paradoxalement, cet éloignement m’a appris que je pouvais vivre et être heureuse sans la gym au quotidien mais aussi que cette passion me rattrapait quoi qu’il arrive. Après ma carrière de gymnaste haut niveau, je pense que j’avais besoin de cet éloignement pour me définir autrement qu’en tant que gymnaste.

Le moment qui m’a donné envie de me consacrer à 100% pour la gymnastique est la rencontre de Thomas et Julie, leur façon de voir la gymnastique et les valeurs qu’ils véhiculent. Lorsque j’ai appris qu’un poste se libérait pour travailler avec eux, je me suis dit c’est le moment.

7. Quels sont les qualités requises pour être un bon coach selon toi ?

Difficile de répondre … Je pense que deux coaches avec des qualités complètement différentes peuvent être bons ! Nous avons tous une définition différente d’un « bon coach ». Certains diront que c’est un coach qui fait des résultats, d’autres que c’est quelqu’un qui aide les athlètes à s’épanouir.

Mais si je dois en citer je dirais en premier la patience. Ensuite je dirais, le respect, la créativité, l’efficacité, la réactivité, l’engagement, la capacité de remise en question, l’écoute, etc.

8. Quel est l’agrès que tu préfères enseigner et pourquoi ?

Les barres asymétriques car c’est un agrès qui demande d’être très actif ! La poutre également car c’est là que les progrès sont les plus rapides.

9.De quoi es-tu la plus fière ?

Il m’est arrivé que des parents me disent « ma fille rêve d’être comme toi plus tard, kiné du sport et chorégraphe ». C’est tout bête mais me dire que mon histoire peut inspirer des jeunes filles, c’est le plus beau des cadeaux !

10. Peux-tu nous parler des projets que tu mènes à côté de ta carrière ?

Je continue de développer des projets avec l’équipe universitaire de l’UCL. Je suis également kiné à la Fédération de volley en Wallonie-Bruxelles. L’année dernière j’ai eu l’occasion de créer une formation de chorégraphie où j’ai vraiment adoré échanger avec les participants. Cette année, j’ai donc plusieurs interventions chorégraphiques. Pour finir, avec mon amie Lola Evrard, nous avons lancé un compte Instagram « Gymnastics Development Academy » où nous allons pouvoir bientôt vous en dire plus ;)

11. Quel est ton plus grand objectif personnel et professionnel ?

C’est une question difficile ! Personnellement, ce qui me tient le plus à cœur c’est d’être épanouie au quotidien. Sortir chaque jour de la salle en me disant que j’ai de la chance de travailler avec mes collègues et mes gymnastes. Je pense que mon plus grand objectif personnel est d’avoir un impact positif sur les personnes qui croisent mon chemin.

Professionnellement, je rêve de voir les gymnastes avec qui je travaille aller au bout de leurs projets sportifs, de réaliser leurs rêves de gymnaste les plus fous et s’épanouir pendant et après leur carrière.

 

 

 

 

 

 

 

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