Interview - Gilles Gentges : "Je suis très fier de mes gymnastes"

GAM
Interview - Gilles Gentges : "Je suis très fier de mes gymnastes"

Ce mois-ci, à la veille des prochaines échéances capitales pour nos gymnastes, nous partons à la rencontre de Gilles Gentges, ancien gymnaste et désormais entraîneur fédéral au Centre de Haut Niveau de Mons.

FfG : Bonjour Gilles. Revenons un peu en arrière. À quel âge as-tu commencé la gym et quand as-tu arrêté ?

Gilles Gentges : J’ai toujours été plongé dans la gymnastique car nos parents nous (ma sœur, mon frère et moi) ont inscrits tout jeunes au club de Malmedy mais ce n’est que vers 10 ans que j’ai réellement commencé la gymnastique compétitive.

J’ai arrêté une première fois après les Championnats du Monde de 2010. J’avais alors 20 ans. Je n’aime pas faire les choses à moitié et je ressentais le besoin de faire une pause avec le sport de haut niveau qui demande une implication totale pour bien le faire. Je me suis alors consacré à mes études d’ingénieur et j'ai profité de la vie d’un étudiant « normal ».

Assez vite, la passion pour la gymnastique m’a rattrapé et la vie d’étudiant ennuyée. J’ai alors décidé de reprendre la gymnastique de haut niveau en 2013 et de réaliser mon master à Mons afin d’intégrer le CHN de la fédération.

J’ai arrêté ma carrière de gymnaste en 2016, à l’âge de 26 ans, car je sentais que c’était le moment de passer à autre chose. J’avais terminé mes études, c’était la fin d’un cycle olympique et la Fédération me proposait alors un nouveau défi : celui de devenir entraîneur.

FfG : Es-tu fier du chemin que tu as parcouru ?

Gilles : Oui, avec le recul je suis très fier de mon parcours. En tant que compétiteur, j’aurais bien entendu aimé avoir un meilleur palmarès et surtout un résultat majeur à l’international mais je suis convaincu d’avoir fait le maximum pour atteindre le niveau que j’ai obtenu et je n’ai donc aucun regret. Je n’ai pas eu la chance de connaître une structure comme celle du CHN étant jeune. A l’époque, un tel centre n’existait pas en Wallonie. Il n’y avait donc pas toutes ces aides pour atteindre le haut niveau et j’ai souvent dû faire preuve de persévérance et de volonté pour arriver au niveau que j’ai atteint.

Etant donné qu’il n’y avait pas de structure permettant de combiner études et gymnastique de haut niveau en Wallonie, j’ai demandé à la Fédération francophone de pouvoir intégrer le centre de haut niveau flamand qui se trouvait à Gand. Au vu de la situation, la Fédération m’a soutenu dans mon projet et m’a permise de m’entraîner dans des conditions adaptées au haut niveau. Ce fut une période difficile car j’ai dû travailler beaucoup, tant d’un point de vue gymnique car le volume d’entrainement était important, que du point de vue scolaire car je suivais des études d’architecture en néerlandais alors que je n’avais jamais pratiqué cette langue auparavant. Mais ce fut surtout une période extrêmement enrichissante durant laquelle j’ai appris tellement de choses et pendant laquelle j’ai beaucoup évolué tant sportivement qu’humainement.

Ma plus grande fierté est d’avoir fait partie d’une génération de gymnastes qui a montré le chemin à suivre pour atteindre le haut niveau. Nous étions les premiers à combiner études avec un volume d’entrainement de 30 heures par semaine. Et donc, les premiers à décider d’étaler nos études car ce n’est pas gérable autrement. Aujourd’hui nous sommes médecins, ingénieurs, entraîneurs, infirmiers, kinésithérapeutes, artistes, … tous épanouis et heureux.  Nous étions les premiers à participer à un Championnat d’Europe GAM avec une équipe complète. Nous étions les premiers à tenter une sélection en équipe aux Jeux Olympiques. Tout cela était nouveau et donc rempli de surprises, d’échecs, de progrès, d’erreurs, d’adaptations, d’améliorations, etc. Nous étions une génération extrêmement motivée, ambitieuse, courageuse et travailleuse, qui n’a certes pas atteint le niveau du collectif belge actuel mais qui leur a permis d’atteindre ce niveau. Je suis très fier d’avoir fait partie de cette génération de gymnastes qui vivait pour la gymnastique et qui a apporté tellement à leur discipline.

FfG : Quel est ton meilleur souvenir ?

Gilles : Il y a beaucoup de bons souvenirs : mon premier Championnat d’Europe reste un moment impressionnant car c’était nouveau, mon titre de champion de Belgique senior qui fut une belle récompense après tant de deuxièmes et troisièmes places, les Jeux Européens à Bakou car c’était une organisation grandiose, un stage à Oslo pour la super bonne ambiance qu’il y avait dans le groupe.  Mais je pense que mon meilleur souvenir sportif reste les Universiades 2015 à Gwangju en Corée du sud. C’était la première grosse compétition internationale que je vivais avec mon frère et nous avons fait une compétition sans fautes qui nous a permis de réaliser un Top 8 historique en équipe. L’ambiance dans l’équipe après un tel résultat était extraordinaire et nous avons bien fêté cela ! Je me rappelle avoir vraiment profité de l’instant présent pendant la compétition, ce que je n’avais jamais réussi à faire par le passé à cause de la pression et de l’envie de bien faire. Je suis content d’avoir connu ça dans ma carrière car ça donne du sens à tout l’investissement que demande notre sport. 

FfG : Ton frère, Maxime, étant Senior, y a-t-il une sorte de « compétition » entre vous pour voir qui est le meilleur ?

Gilles : Non pas du tout. C’est une question qu’on nous a toujours posée et dont on n’a jamais vraiment bien compris le sens. Nous sommes avant toute autre chose frères et nous souhaitons le meilleur l’un pour l’autre. Nous pensons plutôt être meilleurs que les autres ensemble plutôt que d’être meilleur l’un par rapport à l’autre.

FfG : Etant entraîneur des seniors et de certains juniors du Centre de Haut Niveau de Mons, qui as-tu dans ton « équipe » ?

Gilles : Mon groupe est constitué des seniors (Maxime Gentges, Takumi Onoshima et Justin Pesesse) et des juniors nés en 2002 (Victor Martinez et Wout De Smedt). Je m’occupe d’eux au quotidien et je les suis en compétition. Ceci dit, nous formons une seule équipe avec l’ensemble des entraîneurs et gymnastes du CHN et j’interviens donc aussi régulièrement dans l’entrainement des plus jeunes gymnastes.

FfG : Y a-t-il un agrès que tu préfères enseigner qu’un autre ?

Gilles : Je préfère enseigner la barre fixe et les barres parallèles parce que je m’y sens le plus compétent. Mais j’aime la gymnastique pour sa diversité et je prends donc du plaisir à tous les agrès. Le plus difficile dans la gymnastique est de progresser à un agrès sans que ça se fasse au détriment d’un autre. Théoriquement, ce n’est pas compliqué de progresser aux anneaux et d’apprendre une hirondelle ou une croix : tu appliques un programme de préparation physique et s’il est bien pensé et respecté, il y a beaucoup de chance que ça réussisse. Ce qui est davantage compliqué c’est de parvenir à le faire sans que ça ne crée de blessure, de fatigue trop importante, ou de modification de la masse corporelle qui seront néfastes au reste de l’entrainement. C’est un équilibre complexe à trouver qui demande des adaptations et remises en question quotidiennes. C’est ça que je trouve excitant dans mon sport !

FfG : Comment se passe la saison jusqu’ici ?

Gilles : Cette saison est très chargée pour l’ensemble des gymnastes, qu’ils soient seniors (Championnat d’Europe, Coupes du monde, Universiades, Championnat du monde sélectif pour les JO) ou juniors (Championnat du monde junior et Festival Olympique de la Jeunesse Européenne). C’est donc à la fois excitant mais également plus compliqué à gérer.

Maxime ne fait que d’évoluer depuis son retour à la compétition (opération du poignet en Octobre 2017). C’est un exemple de stabilité et de professionnalisme pour les autres gymnastes. Son objectif majeur reste le championnat du monde 2019 qui sera sélectif pour les Jeux Olympiques et il s’y prépare très bien pour le moment.

Takumi s’était bien préparé pour les championnats d’Europe mais n’a pas réussi à concrétiser son travail lors des deux tests de sélection. Je pense qu’il a besoin d’encore un peu plus d’expérience en catégorie senior pour pouvoir utiliser son talent au bon moment.

Justin a commencé des études d’ingénieur civil et a donc connu une période d’adaptation à ce nouveau rythme de vie. Il s’est également légèrement blessé au genou lors d’une compétition au mois de novembre. Nous avons bien pris le temps de guérir cette blessure et aujourd’hui, il est de nouveau en top forme. Il a réussi tous ses examens de janvier et gère de mieux en mieux la combinaison études/sport.

Tous les juniors évoluent très bien en ce moment et au vu de leur jeune âge, il est indispensable que nous restions patients : la priorité actuellement est de monter leur niveau de difficultés le plus haut possible pour pouvoir être capable de performer au plus haut niveau dans quelques années.

Victor a fait un très bon début de saison et à obtenu d’excellents résultats en novembre dernier lors d’un match Suisse-Belgique-Italie-Ukraine. Malheureusement, il a connu une longue période de repos (4 mois) suite à une chute en vélo (entorse de l’épaule). Il retrouve petit à petit son niveau et est très motivé pour rattraper le temps perdu et terminer en beauté cette fin de saison.

Wout est dans une phase de croissance importante qui nous oblige à être prudent et à diminuer le volume d’entrainement à certains agrès (sol, anneaux, saut). Il reste cependant très appliqué à l’entrainement et évolue bien aux autres agrès. Nous espérons pouvoir reprendre un régime normal le plus rapidement possible mais nous devons être patients et penser long terme.

Pour résumer, disons donc qu’il y a des hauts et des bas mais qu’avec un peu de recul tout se passe plutôt bien pour le moment et que le meilleur reste à venir !  

FfG : Es-tu fier des entraînements, de ce que tes gymnastes donnent lors de ceux-ci ?

Gilles : Je suis très fier de mes gymnastes, tant sportivement qu’humainement. Ce sont des jeunes garçons passionnés, courageux, ambitieux, travailleurs, respectueux, exigeants. Ils ont beaucoup de valeurs qui imposent le respect et c’est une fierté de travailler avec eux au quotidien.

Les entraînements sont riches en émotions de toute sorte : fierté, inquiétude, joie, doute, rire, dispute, … tout est amplifié lorsque l’on fait quelque chose avec passion. Ce qui est différent en tant qu’entraîneur, c’est qu’on est souvent amené à vivre des sentiments opposés en même temps. Il est fréquent que je sois heureux, fier et soulagé pour un gymnaste qui vient de réussir un nouvel élément et en même temps triste, songeur et inquiet pour un autre qui est moins en forme au même moment.

FfG : Es-tu confiant pour les compétitions à venir ?

Gilles : Oui, je suis confiant car je vois le travail quotidien qui est fait au CHN de Mons et je connais le potentiel de mes garçons. Bien entendu il y a tellement de facteurs à tenir en compte à ce niveau qu’on n’est jamais à l’abris d’une mauvaise surprise mais je suis persuadé qu’en gardant cette ligne de conduite les résultats arriveront tôt ou tard.

FfG : Leurs as-tu donné un objectif ?

Gilles : Oui. Nous définissons des objectifs à court, moyen et long terme pour chacun des gymnastes en fonction de leur âge et de leur calendrier respectif. Ces objectifs se doivent d’être ambitieux mais tout de même réalistes afin de les motiver et les guider dans leur travail.

Ces objectifs sont divers : cela peut être un résultat lors d’une compétition précise, la concrétisation de certains éléments, des objectifs physiques (tests, etc.) en fonction des priorités du moment.

FfG : As-tu une phrase, citation, dicton que tu dis aux gymnastes avant une compétition ou avez-vous un rituel entre vous ?

Gilles : Je n’ai pas une phrase type pour chaque compétition ou pour chaque gymnaste. J’essaie de sentir ce dont le gymnaste a besoin d’entendre pour qu’il performe au mieux à cet instant. Certain ont besoin d’être rassuré, d’autre d’être motivé, c’est très différent d’un individu à l’autre. Dans tous les cas, j’essaie de trouver le temps pour les féliciter pour le travail réalisé et leur rappeler de profiter de ces événements qui sont exceptionnels et uniques.

FfG : As-tu une anecdote à nous dévoiler de quand tu étais gymnaste ou sur un de tes gymnastes ?

Gilles : Une anecdote ? Il y en a tellement. La vie d’un sportif de haut niveau est remplie d’événements « exceptionnels » et je pourrais vous raconter une anecdote pour chaque voyage. 

Vous m’avez demandé si s’il y avait une sorte de compétition entre mon frère et moi. Je vais vous raconter une anecdote à notre sujet. Il arrive très régulièrement que l’on nous confonde et que l’on s’adresse à nous en pensant que c’est l’autre. Pour ne pas créer de malaise, on s’amuse à faire comme si de rien n’était et on répond simplement à la place de l’autre.

Voilà, vous êtes prévenus maintenant !

FWB Adeps Be Gold Euromillions Gymnova Agiva Arena Panathlon AMGS